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Hunger Games : du District 12 à la Lorraine

Il existe de nombreuses similitudes dans The Hunger Games (Les Jeux de la Faim) entre la Lorraine et le District 12, ainsi qu’entre Paris et le Capitole. Terrifiant.

Geai moqueur

The Hunger Games est une trilogie de science-fiction dystopique écrite par l’Américaine Suzanne Collins. Elle est composée des romans Hunger Games, L’Embrasement et La Révolte, qui ont tous été adaptés au cinéma. L’histoire se déroule dans un futur indéterminé. Dirigé par le Président Snow, le régime dictatorial de Panem est né des cendres de l’Amérique du Nord après l’utilisation de l’arme nucléaire. Le nom « Panem » vient de la célèbre formule du poète latin Juvénal « panem et circenses » qui signifie « du pain et des jeux » (Satire 10, vers 81). Celle-ci fait référence aux deux seuls centres d’intérêt des Romains du Ier siècle après Jésus-Christ selon le satiriste : la nourriture et le divertissement. La capitale de Panem est une ville appelée le Capitole. Située dans les Montagnes Rocheuses actuelles, elle centralise tous les pouvoirs politiques. Le pays est divisé en douze districts vivant sous différents seuils de pauvreté contrôlés d’une main de fer par le Capitole. En comparaison des districts, le Capitole possède une technologie très avancée. Ses citoyens sont heureux et riches. Ils ignorent la faim et l'oppression qui touchent les douze districts. Ils s'intéressent aux défilés de couture, aux fêtes, aux choses superflues et aux Hunger Games. Lors des banquets, il est coutume d’absorber des breuvages pour se faire vomir et pouvoir continuer à manger. Les habitants du Capitole se distinguent par leur accent (de style parisien) et ont souvent des noms dérivés de la Rome antique. La mode au Capitole est très excentrique. Les citoyens se maquillent la peau et se teignent les cheveux de couleurs vives. Certains subissent des opérations esthétiques souvent extrêmes.

Exploités par le pouvoir central, les districts fournissent au Capitole nourriture, énergie et matières premières. Contrairement à la capitale de Panem, riche et futuriste, les districts croupissent dans différents niveaux de pauvreté, de faim et de terreur. Ces derniers sont justement numérotés de 1 à 12 selon leur richesse. Ainsi, le District 1 est le plus riche et le 12 le plus pauvre. Le District 3 fait cependant figure d’exception en étant moins riche que le 4. Chaque district est spécialisé dans une ou plusieurs productions. Le District 1 fabrique par exemple des objets de luxe.

Il existe en réalité un treizième district qui a été rasé 74 ans avant le début de l’histoire, pendant les « Jours Obscurs ». Ces derniers font référence au soulèvement des districts contre le Capitole. Les Hunger Games furent instaurés en punition de leur révolte. Organisés chaque année, ils rappellent cruellement la victoire du Capitole aux habitants des différents districts et annihilent toute tentative de nouvelle rébellion. Les Jeux consistent à envoyer une fille et un garçon de chaque district, surnommés « Tributs », dans une arène pour un combat à mort. Agés de 12 à 18 ans, les 24 malheureux sont tirés au sort le jour de la « Moisson ». Les enfants du Capitole ne participent pas à la tuerie des Hunger Games. Tous les 25 ans, le Capitole organise les « Jeux de l'Expiation ». Il s’agit d’une édition spéciale encore plus cruelle et plus impressionnante avec des règles particulières. Le vainqueur est largement récompensé et retourne dans son district avec suffisamment d'argent et de nourriture pour le reste de sa vie. Les Hunger Games sont retransmis à la télévision au Capitole et dans tous les districts. Avant d’être jetés dans une immense arène naturelle, truffée de caméras et de pièges mortels, composée de forêts, de ruines ou encore de rochers, les Tributs sont exhibés au Capitole, où ils doivent parader sur le champ d’honneur devant une foule en délire. Ils sont habillés et coiffés selon la mode de la capitale et sont interviewés sur le plateau d’un reality show animé par un Nikos Aliagas fictif du nom de Caesar. S’ils constituent une source de divertissement pour les citoyens du Capitole, dans la mesure où ceux-ci peuvent parier et sponsoriser leurs Tributs favoris, les Jeux sont un véritable supplice pour les habitants des districts qui voient leurs enfants mourir en direct.

Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence), protagoniste principale et narratrice, est originaire du District 12, le plus pauvre de tous, où la famine fait rage. Celui-ci est spécialisé dans l’exploitation minière et approvisionne notamment le Capitole en charbon. Pour la 74ème édition des Hunger Games, Primrose, la jeune sœur de Katniss, âgée de 12 ans, est tirée au sort pour participer aux Jeux et représenter le District 12. Adolescente de 16 ans, Katniss se porte alors volontaire pour prendre sa place, afin de la sauver d'une mort certaine. Dans l'arène, Katniss s’allie avec Rue, une fillette du District 11 de 12 ans comme sa sœur. Après avoir soigné Katniss, Rue est tuée sous ses yeux. Le respect que Katniss lui montre lors d'une cérémonie funèbre improvisée déclenche des heurts dans le District 11, ainsi qu'un élan de sympathie de la part du public, ce qui pousse les autorités de capitole à modifier les règles du jeu. Après une ultime ruse, Katniss remporte les Jeux aux côtés de Peeta Mellark, le Tribut masculin du District 12. C’est la première fois que deux vainqueurs sont proclamés. Le pouvoir central est tourné en ridicule. Après s’être publiquement rebellée contre le destin qui lui était promis par le Capitole et le Président Snow, Katniss devient le symbole de la population opprimée puis de la nouvelle rébellion des Districts en endossant le rôle du Geai Moqueur (Mockingjay).

Au-delà de leur réalisation, de leur casting et de leur aspect spectaculaire, les adaptations cinématographiques de la trilogie sont plus profondes qu’elles n’en ont l’air. Ces films sont extrêmement violents, paradoxalement pas dans les images projetées, mais dans les idées et les concepts sous-jacents qu’ils contiennent. Après avoir assisté au premier opus presque par hasard, nous sommes ainsi sortis de la séance avec un sentiment de malaise. Pour le spectateur « averti » qui sait lire entre les lignes et en comprendre le sens, le film nous incite à la révolte et nous montre pourquoi nous devons nous rebeller et renverser le système en place. Outre une symbolique foisonnante dans les décors, dans le nom des personnages et leurs costumes parfois antagonistes (le Président Snow qui est tout sauf blanc comme neige, dans ses actes, ses habits) et dans la mise en scène des Jeux façon téléréalité, le message le plus important du film se trouve dans le dialogue de quelques minutes entre le Président Snow et le responsable de l’émission présentant les Jeux, Seneca Crane. En s’occupant d’un rosier dans son jardin, le Président Snow, interprété par Donald Sutherland, explique que le pouvoir et le contrôle de la population résident dans le bon dosage de la lueur d’espoir donnée au peuple. Cette notion est essentielle. Il ne faut pas que cette lueur d’espoir soit trop faible, sinon elle s’éteint et le peuple, qui n’a alors plus rien à perdre pour améliorer sa condition, se révolte. Si la lueur d’espoir est trop forte, le peuple sent qu’un changement est possible, à portée de main, et qu’il faut désormais le saisir. La lueur devient étincelle et l’espoir se transforme en désir ardent. La révolte éclate. Par contre, si la lueur d’espoir est savamment dosée et entretenue, le peuple croit qu’un avenir meilleur se dessine au loin, qu’il convient d’attendre patiemment. Cette perspective d’avenir meilleur est évidemment illusoire, mais suffisamment crédible. Par rapport à ce qu’il a à perdre, le peuple ne se risquera pas à se révolter. Dans notre réalité et notre quotidien, par leurs beaux discours et leurs belles promesses, il est évident que l’exécutif français maîtrise parfaitement dans sa communication ce dosage, cette illusion.

Bien entendu, la trilogie contient une forte dimension antique et mythologique. Le concept même des Jeux de la Faim renvoie par exemple aux combats de gladiateurs. Tout au long de l’intrigue, de nombreux noms font référence à la Rome antique. Le fait d'envoyer des jeunes filles et garçons comme « Tributs » rappelle également le mythe du Minotaure, monstre crétois mi-homme mi-taureau qui recevait chaque année sept jeunes Athéniennes et sept jeunes Athéniens en guise d’offrande pour les dévorer dans son labyrinthe.

En analysant plus finement les films américains adaptés de la trilogie, nous pouvons également y déceler une analogie troublante entre l’histoire et la situation actuelle de la Lorraine, ainsi que dans ses relations avec Paris. Au-delà de sa référence antique, l’appellation de « Panem » fait ainsi allusion à « Paname », surnom de Paris, cœur du pouvoir central et du système politique français. La dénomination du Capitole, colline du pouvoir à Rome, renforce cette idée d’hégémonie de la capitale. L’organisation territoriale et politique de Panem s’inspire du centralisme français, tout en l’exagérant. La France est le dernier grand pays d’Europe occidentale encore centralisé à l’extrême. Tous les autres ont adopté une forme plus ou moins avancé de fédéralisme. Tout a été fait depuis la concentration du pouvoir sous Louis XIV pour détruire les corporations, les cultures locales, les références régionales et toute forme de regroupement ou d’association potentiellement nuisible. Tout a ainsi été entrepris pour isoler l’individu face à l’Etat, afin de mieux le contrôler et le surveiller. Puis, sous couvert d’égalité et de laïcité, la société a été uniformisée. Toute pensée ou idée contraire à la pensée dominante, celle du pouvoir central, a été stigmatisée et marginalisée. Ce long processus destructeur, humainement et culturellement, qui se poursuit encore de nos jours, n’a fait que renforcer la concentration des pouvoir et des richesses à Paris par la satellisation et l’exploitation des provinces, notamment périphériques. A l’image du District 12, la Lorraine a longtemps fourni et alimenté la France en minerais (charbon, fer). Tout comme le District 12, elle est reliée par un train à grande vitesse moderne à Paris, point de convergence d’un réseau en étoile. Cœur d’un pouvoir central autoritaire, la capitale française brille également par l’extravagance de ses bobos, leur mépris pour les provinces et leur goût pour le superflu, à l’image des produits de luxe et des défilés de mode. Cette futilité est exacerbée par les médias, dont les émissions de téléréalité et leurs paillettes de stars divertissent et défoulent le peuple, tout en l’éloignant des vrais problèmes.

Ruine district 12

Katniss face aux décombres et au charnier du District 12, détruit par le Capitole (Crédits photo : Metropolitan Films)

La comparaison de la Lorraine ne s’arrête pas aux frontières du District 12. Dans la France administrative de ce début 2015, notre territoire porte le numéro 13. La Lorraine est la 13ème région par ordre alphabétique. Tout comme le District 13, elle s’est rebellée contre l’émergence d’un pouvoir central. Elle a lutté pour la préservation de sa liberté. Ce que l’on nous apprend pas sur les bancs de l’école à la française, c’est qu’il y a eu des guerres entre la France et la Lorraine. Au XVIIème siècle, au cours de la Guerre de Trente Ans, la Lorraine a été détruite, ses forteresses ont été rasées et 60 % de sa population a été massacrée par les troupes françaises et leurs alliés. A tel point qu’aujourd’hui les historiens parlent de génocide lorrain. La Lorraine s’est ensuite relevée pour se voir imposer un destin nucléaire comme le District 13. N’est-il pas vrai que l’une des seules promesses tenues par la France envers la Lorraine est la réalisation, sans le consentement de la population, d’un centre d’enfouissement des déchets radioactifs à Bure ? Quel avenir radieux !     

L’analogie continue puisqu’un symbole puissant demeure. Si le Geai Moqueur est l’effigie de la rébellion menée par les Districts 12 et 13, la Lorraine possède elle-aussi un oiseau fantastique, même trois et non des moindres, les Alérions. Grâce à eux, les Ducs de Lorraine pouvaient prétendre à une filiation avec Geoffroy de Bouillon. En effet, « Alérion » est l’anagramme de « Loreina », le nom latin de la Lorraine. En Terre Sainte, le pieux chevalier réussit l’exploit de transpercer d’une seule flèche trois Alérions en plein vol. Et vous ne devinerez jamais quelle est l’arme de prédilection de Katniss Everdeen dans Hunger Games. L’arc !

La similitude avec la France et la Lorraine est troublante dans la trilogie Hunger Games. Nous avons des raisons de penser qu’il ne s’agit pas d’une coïncidence. Elle résulte d’une réalité, la nôtre, pour nous montrer la voie. Face à l’autorité arbitraire du pouvoir central et des banques qui contrôlent les Etats, face à une presse muselée, la France pointe en effet à la 39ème place des pays de la planète pour ce qui est de la liberté de la presse derrière la Lettonie et le Salvador, la trilogie Hunger Games est une incitation au soulèvement. Chaque jour, devant tant d’injustice, d’égoïsme et de violence dans notre société, nous avons 1 000 raisons de nous révolter. Nantis de leurs prérogatives et des privilèges qu’ils s’arrogent eux-mêmes, nos gouvernants dilapident pour leur seule gloire éphémère les ressources récoltées et emmagasinées par la base, la laissant crever de faim dans sa crasse. La seule question qui mérite encore d’être posée est la suivante : pourquoi devrions-nous accepter cette réalité, alors que nous la rejetons tous en bloc dans la fiction ?

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